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Comprendre

L'hémorragie silencieuse

La réalité des faits Volet 2 sur 3

148 013 dossiers de surendettement, et tous les litiges que personne n'engage jamais. La part invisible du problème.

Deuxième volet. Après les entreprises qui tombent, ceux qui renoncent.

Dans le premier volet, nous avons regardé les entreprises qui s'effondrent une réalité brutale, mais au moins visible : elle se compte, elle se publie, elle fait la statistique. Il existe une autre réalité, bien plus difficile à mesurer, parce qu'elle se joue dans le silence. Celle des particuliers étranglés, des petits litiges abandonnés, des créances qu'on ne réclame jamais. La France ne souffre pas seulement de ses défaillances officielles. Elle souffre aussi de ses conflits qu'on n'entend pas.

Chez les particuliers, la fragilité est massive. En 2025, la Banque de France a enregistré 148 013 dossiers de surendettement, en hausse de 9,8 % sur un an, après une année 2024 déjà en forte progression. Une part importante des personnes surendettées vit sous le seuil de pauvreté. Cela signifie qu'une somme de 800, 1 500 ou 3 000 euros peut suffire à déstabiliser complètement un foyer.

Il faut le dire honnêtement : ce niveau reste inférieur d'environ un tiers au pic de 2014. Sur la décennie, le surendettement a globalement reculé. Mais la remontée depuis l'été 2023 est nette, continue, et surtout elle change de visage. Ce ne sont plus seulement les situations de grande précarité qui basculent. Des ménages qui travaillent, qui ont des revenus réguliers, se retrouvent eux aussi dans l'impasse après plusieurs mois de déséquilibre progressif. La difficulté remonte vers le milieu.

Les montants qui disparaissent dans le silence

Et ce sont justement ces sommes modestes qui disparaissent le plus souvent sans bruit. Un acompte jamais rendu. Des travaux mal exécutés. Une prestation non conforme. Un dépannage abusif. Une caution retenue. Une facture contestée. Une vente trompeuse. Un remboursement jamais reçu. Rien de spectaculaire. Rien qui fasse la une. Juste, à chaque fois, quelqu'un qui perd de l'argent qu'il aurait dû garder.

Le droit prévoit bien des réponses. Une procédure simplifiée pour les créances inférieures à 5 000 euros. Une tentative amiable préalable pour de nombreux litiges civils de ce niveau. Sur le papier, les voies existent. Mais entre l'existence d'une voie et sa mise en œuvre réelle, il y a le temps, l'argent, la peur, la fatigue, la honte, la complexité et le doute. Beaucoup abandonnent avant même de commencer. Non parce qu'ils ont tort, mais parce qu'ils n'ont plus la force ou les moyens de transformer leur problème en action.

Les indicateurs le confirment de façon accablante. En 2024, plus de 260 000 affaires d'impayé ont été introduites devant les tribunaux judiciaires, et près de 60 000 devant les juridictions commerciales. En appel, le délai moyen dépasse dix-huit mois. Voilà l'endurance qu'il faut avoir pour aller au bout. Et surtout, il y a tout ce qui ne parvient jamais au juge : les travaux sur le non-recours montrent que, dans les litiges de consommation, une part importante des personnes concernées ne saisit ni le juge ni aucune institution. Elles renoncent. Elles encaissent. Elles abandonnent.

Un bruit de fond permanent

Cette masse de conflits diffus se lit ailleurs, dans les chiffres périphériques. En 2024, près de 210 000 demandes ont été adressées aux médiateurs de la consommation. La même année, la répression des fraudes a contrôlé près de 65 000 établissements et sites, donnant lieu à des milliers d'avertissements, d'injonctions et d'amendes, tandis que la plateforme Signal Conso dépassait 310 000 signalements.

Il ne s'agit donc pas de quelques anomalies isolées. C'est un bruit de fond massif d'abus, de manquements et de pratiques contestables, qui frappe les particuliers autant que les entreprises.

À côté des défaillances visibles et des procédures officielles, il existe donc une autre hémorragie, presque silencieuse : celle des conflits que les particuliers n'engagent jamais, des procès qu'ils n'osent pas mener, des créances qu'ils abandonnent faute de temps, d'argent, d'énergie ou de confiance. Le problème français n'est pas seulement celui des dettes et des litiges déclarés ; c'est aussi celui de tout ce qui reste en dessous du seuil d'action.

Ce qui vient, et pourquoi cela compte

Pour les mois à venir, la tendance ne s'inverse pas. Le surendettement progresse encore sur le début de 2026, porté par la pression persistante sur le pouvoir d'achat. Et cette pression ne frappe pas au hasard : elle touche d'abord ceux qui ont le moins de réserves pour l'absorber, et de plus en plus ceux qui pensaient en avoir.

Ce que cela dessine, ce n'est pas seulement plus de dossiers. C'est une population plus large, plus discrète, plus honteuse aussi, car il est souvent plus difficile d'avouer qu'on ne s'en sort plus quand on travaille, qu'on gagne sa vie, qu'on faisait partie de ceux qui « tiennent ». Le vrai risque des mois qui viennent n'est pas seulement financier. Il est humain : celui de gens qui renoncent en silence, persuadés que leur situation n'intéresse personne et que se battre n'en vaut pas la peine.

Dans le dernier volet, nous prendrons de la hauteur pour comprendre ce que tout cela révèle : un pays qui a construit tous les outils, mais où presque personne ne parvient à s'en servir.

Vous ne devez pas porter ça seul.

Le premier échange est un temps d'écoute et de clarification, sans engagement. Prenons le temps de faire le point.

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